La musicienne franco-américaine Melissa Weikart entretient avec son piano une relation d’amour qui semble inconditionnelle. Deux voix qui se rencontrent, se complètent, évoluent en parallèle depuis leurs débuts dans le classique jusqu’à des ouvertures plus expérimentales, toujours unies malgré les virages esthétiques et les envies mutantes. De cette fusion naît une écriture précise des chemins de l’intime, où la voix et le clavier dialoguent comme une évidence.
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Nouvel album
La musicienne franco-américaine Melissa Weikart entretient avec son piano une relation d’amour qui semble inconditionnelle. Ils se connaissent depuis si longtemps qu’on pourrait presque dire, d’un point de vue extérieur, qu’ils fusionnent. Quand l’une commence une phrase, l’autre la complète ou ajoute un détail qui renforce le dialogue, comme une évidence. Ce sont deux voix qui se rencontrent inlassablement et évoluent en parallèle, toujours unies malgré les virages esthétiques et les envies mutantes. Depuis leur rencontre dans le contexte d’un apprentissage classique jusqu’aux nombreuses ouvertures sur des pratiques expérimentales, la voix de Melissa et son clavier grandissent ensemble et racontent, de plus en plus précisément, les chemins de l’intime.
Également membre du duo Béatrice Melissa, où son travail de composition s’est agrémenté d’une touche de production à travers les albums Surprise et Secret, Weikart mène principalement une carrière en solo où elle tord la pop dans des formes étranges. Enfant du jazz, de la pop folk des ‘70s et férue d’improvisation depuis son passage par le New England Conservatory de Boston, ses morceaux convoquent autant la frontalité des chansons à texte que des matières plus abstraites, voire oniriques. Lauréate du tremplin du Nancy Jazz Pulsations 2022 et du prix d’instrumentiste du Concours National de Jazz de La Défense 2023, elle sort deux EP, un album, et nous revient aujourd’hui avec Contact (mixé par Chris Cohen), collection de douze titres en suspension, ancrés dans son subconscient, cherchant à approfondir le lien qu’elle se plaît à tisser avec l’auditeur.
Intimité des textes d’abord, qui tracent des cercles autour d’un besoin pressant de connexion,
de disséquer ce qui fait et défait les relations, ce qui unit, ce qui éloigne, ce qu’on ne comprend
pas et les épiphanies qui surgissent sans prévenir. Intimité du son, surtout, construit couche par
couche par Melissa, seule aux commandes des arrangements de l’album. Un saut dans le vide, des doutes ici et là, balayés finalement par le sentiment d’euphorie inégalé de s’exprimer sans filtre, au plus près de la musique qui nous habite. Si chaque morceau de l’album renferme sa propre histoire, sa propre personnalité sonore, on y décèle tout de même la place importante que prend l’idée du mouvement et tous les moyens de locomotion, qu’ils soient réels ou métaphoriques, sont bons pour emmener Melissa dans des voyages en solitaire.
On se lance avec “Crash”, où la musicienne envoie des bouteilles à la mer vers ses amis et
toutes les âmes avec lesquelles elle a partagé un bout de chemin, que l’échange soit encore en
cours ou qu’il soit rendu impossible par les aléas de la vie. S’ensuit la balade “Mesurer le vent”,
influencée par Debussy et Ravel, construite par ajout de couleurs contraires, à la manière d’un
tableau impressionniste. “Contact”, le morceau éponyme, est un testament à l’extrême plasticité
de sa voix, qui semble modulée, comme ses instruments, en calques successifs sur des
claviers dissonants. Voix que l’on retrouve également au centre de “The Intersection”, avant le
tubesque “Appétit.e” et son sample de batterie provenant directement d’un voisin de palier et ses nappes de synthé aux réminiscences de Air. Elle y parle de patience, de la naissance d’une
maturité émotionnelle au sein d’une relation humaine, d’un chaos intérieur qu’il faut apprendre à
maîtriser. Quand démarre “Expectations”, on pense aux Carpenters, à ces pop songs
intemporelles aux arrangements dépouillés et à cette manière si poétique de parler du banal, de
l’amour, de schémas relationnels universels qui continuent de nous questionner. Des sujets qui
s’étale sur “L’amour se construit” où il y est question de standardisation des émotions face à un
romantisme qui se marchande, se quantifie, sur une instrumentale psychédélique, proche d’une
sensibilité rétro, avant l’interlude “L’amour pt.2” et les scansions de Melissa, des cris dans le vide contre la violence de l’assaut capitaliste. Seule collaboration de l’album, “New angles” invite Manu Delta dans un morceau minimaliste dont la contrainte est de créer un groove sans
percussion, reposant sur des sons de synthés expérimentaux. “Catching up” charrie quant à lui
un air de comédie musicale. Composé dans une église, il est un moment tout à fait suspendu
où la musicienne se livre sur certaines de ses blessures et leurs influences sur la manière dont
elle s’attache aux gens qu’elle aime. Contact se referme sur “Bicycle” et son retour en arrière,
sur une autre histoire d’amour mais avec son vélo cette fois-ci quand, il y a six ans, elle
s’installait à Strasbourg depuis Boston, et n’avait d’autre partenaire que ce bout de ferraille loyal
qui l’emmenait sur les rives d’elle-même.
C’est une musique qui résonne comme un secret murmuré, un équilibre délicat entre vulnérabilité et force, un joyau qui se dévoile à chaque écoute tout en invitant à l’introspection. Par sa voix douce et ses harmonies pleines de contrastes, Melissa Weikart nous rappelle que l’essentiel n’est jamais dans la perfection mais dans ce qui, en nous, reste profondément humain."
– LINE-UP –
Melissa Weikart (piano / synths + chant)
Mackenzie Leighton (basse + chant)
Jesa (synths + chant)
Prochainement en tournée
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